Après la première guerre mondiale, une part importante de la population française doute fortement des bienfaits du progrès technique et va chercher à retrouver les valeurs traditionnelles incarnées par la province, la campagne.

La maison basque, l’etche, symbole de la continuité d’une famille et base de la vie sociale traditionnelle du Pays Basque correspondait parfaitement à cette recherche. Le succès de Ramuntcho, le roman de Pierre Loti, avait par ailleurs largement diffusé la connaissance et les particularités de cette région. La métairie du Labourd, la partie maritime du Pays Basque français, offrait une architecture marquée par des signes bien identifiables comme les pans et le lorio.

Tous ces éléments favorisèrent le développement d’un style néo-basque inspiré par cette ferme.

 

Quel beau lorio dans une maison ancienne à St Pée sur Nivelle

 

Elle comportait généralement trois travées, la travée centrale étant la plus large. Côté est, donc à l’abri de la pluie, celle-ci était percée au rez-de-chaussée d’un porche appelé lorio qui donnait accès à l’eskaratz, la vaste pièce qui servait de grange et qui permettait d’accéder à l’ensemble de la maison et notamment à l’étage où se trouvait l’habitation.

Le lorio, grâce à sa clarté et à ses dimensions importantes, avait de multiples rôles : à l’abri de la pluie, il permettait la réalisation de travaux comme le triage du maïs, on y faisait sécher le piment, on y déposait des marchandises, etc. En cas de besoin, c’était aussi un lieu de réunion pour les villageois.

Le lorio était généralement surmonté d’un linteau sculpté et pouvait comporter des inscriptions donnant des informations sur les propriétaires.

Cette métairie aux lignes si caractéristiques sera le premier et le principal modèle des bâtiments néo-basques construits dans la première moitié du 20ème siècle.

 

Il n’est pas étonnant que le lorio ait été repris, car il est bien reconnaissable et offre un très bon abri, cela permet plusieurs types d’utilisation.

Dans les immeubles, il protège les visiteurs qui attendent devant la porte en cas de pluie et de vent.

Il s’adapte aussi très bien aux caractéristiques d’une villa moderne, c’est-à-dire en le disposant en façade, en réduisant ses dimensions et en l’utilisant comme une annexe du séjour, à l’abri du soleil comme de la pluie, surtout si la villa est basse et possède une avancée importante du toit.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 Lorio d’un pavillon de La Dune aux Abatilles

 

Le joli lorio tourné vers l’ouest de La Chaumière au Moulleau

 

Il sert encore d’entrée mais on y installe souvent une table et c’est un lieu décontracté pour prendre les repas. Le séjour situé derrière doit alors être éclairé par de larges ouvertures situées de l’autre côté de la villa.

La position centrale, conforme à l’esthétique traditionnelle, sera souvent abandonnée au milieu du 20ème siècle pour créer une dissymétrie. L’Art Déco influencera aussi le lorio en simplifiant ses lignes, ses dimensions seront souvent très réduites et il sert alors uniquement d’entrée.

Louis Gaume, le principal constructeur de villas néo-basques sur le Bassin d’Arcachon n’était manifestement pas un chaud partisan du lorio, il généralisera cette position latérale, donnant en façade la priorité au séjour. Le lorio n’était plus qu’un souvenir, ce qui explique sa relative rareté à Arcachon où le style néo-basque s’est développé assez tardivement.

 

L’équivalent landais du lorio se nomme estantad ou eustantade dans la Grande Lande, emban dans les Petites Landes. Il est généralement tourné vers l’est pour être à l’abri de la pluie mais aussi des grosses chaleurs fréquentes en été dans l’intérieur de la région. Montant jusqu’au toit, il occupe souvent toute la largeur de la maison, il est protégé dans ce cas par un mur de chaque côté. Il est fréquemment fermé par une barrière en bois, sa charpente est quelquefois décorée de pièces de bois courbes lui donnant une certaine élégance. Il servait aux travaux agricoles mais était également un lieu de détente.

Maison à estantad à Marquèze (source Wikipédia)

 

L’estantad a été repris dans un certain nombre de villas tout autour du Bassin car il est très adapté à notre climat. Plus ouvert que le lorio, cet espace intermédiaire permet d’être à la fois à l’extérieur et un peu à l’intérieur, c’est ce caractère qui est le plus apprécié dans les villas. Vous n’y avez sans doute pas prêté attention mais il y en a certainement autour de chez vous.

Le plus beau est sans doute celui de la villa Myrtil construite au Moulleau par Louis Garros (petit-fils) vers 1925.

Myrtil, allée d’Annunzio

 

Un estantad moderne de La Dune

 

Si votre villa possède un lorio ou un estantad, surtout ne le fermez pas, agrémentez-le en conservant son idée d’origine : le contact avec la nature. C’est comme cela que vous en profiterez le plus.

Francis Hannoyer

 

Le lorio et l’estantad